Le repêchage du Titanic
Les premières tentatives
La première tentative sérieuse de repérer l'emplacement de l'épave du Titanic fut financée par un Texan du nom de Jack Grimm. Dans le courant de l'été 1980, il embaucha deux océanographes parmi les plus réputés du monde pour diriger l'expédition. Ils partirent de Port Everglades, en Floride, États-Unis. Malgré les déclarations des témoins oculaires ayant indiqué dès 1912 que le Titania s'était cassé en deux au moment de couler, l'opinion générale continuait de penser que le navire était resté intact. Le film de 1980 « Raise the Titanic » (ou La guerre des abîmes) a renforcé le mythe avec une célèbre scène dans laquelle on voit le Titanic naviguer fièrement dans le port de New York. Dans une célèbre déclaration, le producteur du film, Lew Grade dit qu'il aurait été moins cher de « faire baisser le niveau de l'Atlantique ». L'idée romantique de voir flotter le navire le plus célèbre du monde allait être anéantie une fois pour toute.
Coup publicitaire, l'expédition allait emporter parmi les passagers un singe appelé Titan. D'après la rumeur, le singe avait été entraîné pour pointer du doigt sur une carte l'endroit où le Titanic était censé se trouver. Toutefois, les scientifiques s'y sont opposés, laissant le choix à Grimm, c'était eux ou le singe. Le singe est donc resté. L'expédition a exploré la zone autour de la position d'où le Titanic avait envoyé son message de détresse par radio, mais on n'y trouva rien. Le projet fut confronté à de mauvaises conditions météorologiques et à un manque d'équipement. Une deuxième tentative fut lancée l'année d'après, et passa à trois kilomètres de l'épave, juste en dehors de la zone de portée de l'équipement radar. Jack Grimm croyait avoir trouvé une des hélices du Titanic, mais un troisième voyage révéla qu'elle était bien trop petite pour appartenir au fameux paquebot.
Bob Ballard
Au cours de l'été 1985, une opération conjointe fut lancée entre une équipe océanographique française et une équipe américaine, qui partit de Woods Hole dans le Massachusetts, États-Unis. Elle était menée par le Dr Robert Ballard. L'équipe passa plus de trois semaines à scruter la zone connue sous le nom de Titanic Canyon. Le dimanche 1er septembre 1985, juste avant 1 heure du matin, Stu Harris eut ce que l'on sait avoir été le premier aperçu du Titanic en 73 ans. Dans son livre « The Discovery of the Titanic » (ou La découverte du Titanic), Ballard raconte, « les yeux de Stu étaient fixés sur l'écran Argo. Il y a quelque chose, dit-il en pointant l'écran de télévision. Tout à coup, tous les membres du quart endormis sont devenus totalement alertes ».
Ce qui ressemblait à une chaudière fut vérifié par rapport aux photographies de 1911 des chaudières du Titanic prises sur le chantiers du constructeur Harland & Wolff. En hommage au chantier naval qui avait construit le Titanic, Ballard hissa le drapeau de la Harland & Wolff sur le bateau de l'équipe et une cérémonie commémorative fut organisée à la mémoire de ceux qui trouvèrent la mort à cet endroit 73 années plus tôt. L'expédition passa quatre jours supplémentaires à prendre des photos et des films de l'épave avant de rentrer à Woods Hole et de diffuser les photos auprès des médias impatients. Ballard raconta qu'il n'avait pas du tout imaginé que la découverte de l'épave provoquerait une telle frénésie et une telle demande en images et en informations. Une conférence de presse fut enfin organisée le 9 septembre.
Les plongées suivantes
Depuis ce moment capital, démarra une importante activité pour photographier, filmer, cartographier et sonder l'épave du Titanic. Ballard est retourné sur l'épave un an plus tard lors d'une expédition organisée par la Marine américaine. Pendant la descente vers le fond de l'océan, l'équipage écoutait de la musique classique, du Vivaldi et du Beethoven. Au cours de ce voyage, il devient évident que la section avant du Titanic était trop profondément enfoncée dans la vase et qu'il était inutile d'espérer le remonter un jour.
Depuis ces premières plongées, de nombreux objets et morceaux du navire et son équipement ont été remontés à la surface pour être exposés au grand public. Parmi les objets qui font partie d'expositions en tournée figurent des valises, des instruments de musique, des bouteilles de champagne avec leur bouchon toujours intact, des chaussures, des chapeaux et même des échantillons de parfum qui sentent toujours.
On vend sur internet en guise de souvenir jusqu'à des morceaux de charbon du Titanic. L'océanographe irlandais, Rory Golden donne régulièrement des conférences à propos de ses déplacements à destination du Titanic. Selon lui, l'épave se détériore à une vitesse de plus en plus rapide et il déclare avoir constaté de nombreux changements survenus pendant les cinq ans qui ont séparé ses plongées vers le Titanic. Le débat fait rage, doit-on continuer de remonter des objets de l'épave ou faut-il ne plus rien toucher et laisser le tombeau intact ? Le désir d'images, d'articles et d'informations concernant le Titanic laisse à penser que l'exploration risque de se poursuivre pendant les 25 prochaines années.